« Pour celui qui se hâte vers la perfection de la vie religieuse, il y a les enseignements des saints Pères dont l'observation conduit l'homme jusqu'aux cimes de la perfection. »

Traduction :

SAINT JÉRÔME

- Docteur de l'Église -
fêté le 30 septembre


Sophrone Aurèle Jérôme naquit vers 347 à Stridon en Croatie, et déjà de son vivant, il eut la renommée de docteur et d’oracle universel dans l’interprétation des saintes Écritures, à ce point que les plus grands Docteurs de l'Église, entre autres saint Augustin et saint Grégoire le Grand, célèbrent d’une manière particulière sa sagesse et sa vertu.

Si Augustin le surpasse en doctrine, Jérôme est sans doute le plus érudit des Pères de l’antiquité chrétienne. Ce qui constitue toutefois comme la caractéristique du saint Docteur de Bethléem, c’est qu’il fut le plus puissant polémiste de l’Église catholique contre tous les différents germes d’hérésies qui s’étaient propagées au 4e siècle dans le monde romain.

De même que l’état épiscopal constitue comme le fond sur lequel ressort, si belle, la figure d’Augustin, ainsi le tableau sur quoi se détache, grandiose, la mâle vertu de Jérôme, c’est sa profession monastique. Il veut être par-dessus tout un moine. Et, avant d’accepter le sacerdoce, il obligera Paulin, évêque d’Antioche, à lui promettre que sa nouvelle dignité ne sacrifiera point sa vocation monacale.

La vie de saint Jérôme est tout-à-fait à part ; il n'a pas eu à lutter contre l’autorité politique comme saint Athanase et saint Hilaire de Poitiers ; il n'a pas eu de leçons à adresser à des empereurs et des impératrices comme saint Ambroise et saint Jean-Chrysostome. Il ne s'est point borné à la vie silencieuse du désert comme saint Paul l'Ermite et saint Hilarion dont il a écrit la vie. Mais il est entré pleinement dans la société : ses admonestations les plus véhémentes, il les adressait aux sénateurs, aux riches, aux femmes et aux prêtres de Rome. Il préconisait partout, de vive voix comme par écrit, la vie de pénitence des solitudes de la Syrie et de l’Égypte. Le mépris des richesses et des jouissances, l’exaltation de la virginité et la prédication de la retraite, voilà ce qui caractérise spécialement ce saint Père.

Il parvint ainsi à changer les idées et les mœurs de ses contemporains ; aux jeunes filles il inspirait l'amour de la virginité, aux veuves l'amour de la viduité, aux hommes l'amour de la solitude et de l'austérité. Et quand du fond du désert, sa voix arrivait dans les salons de Rome, c'était une voix éloquente et qui entraînait son auditoire. Les malheurs du temps et les désastres de l'empire venaient à l'appui de ses paroles. On croyait entendre un nouveau Jonas criant: « Faites pénitence : dans quarante jours, Ninive sera détruite. » Il suffisait pour cela de jeter les yeux sur les provinces de l'empire successivement ravagées par les Barbares, qui alors, semblaient avoir hâte de détruire Ninive, c'est-à-dire Rome.

Tel un autre Jean-Baptiste, Jérôme, couvert d’un cilice et nourri de jeûne, ressemble à l’une de ces plantes tropicales qui se dressent au milieu du désert. Un témoin oculaire, Sulpice Sévère, écrit à son sujet :
« II est continuellement plongé dans les études et sur les livres ; il ne se donne de repos ni jour ni nuit, il est sans cesse occupé ou à lire, ou à écrire. »

De tous les ouvrages de saint Jérôme, ce sont ses Commentaires sur l’Ancien et le Nouveau Testament qu'on estime le plus, tant par l'importance que par la difficulté du travail. Ils renferment tout ce que la science a de plus curieux, la piété de plus solide, la religion de plus sacré, et l’histoire de plus exact. Saint Jérôme fonde toujours le sens spirituel sur la lettre même de l’Écriture ; il y mêle des vérités solides et édifiantes, qui s'accordent avec l’ensemble du texte. Après de longues discussions et un examen exact du sens littéral des prophètes, Jérôme fait voir l’accomplissement de leurs prédictions, et tire parti de tout en faveur de la vertu et de la religion.

Celui à qui il écrivit jusqu'au dernier moment et pour la dernière fois, c'est saint Augustin. Il l'avait loué d'être intervenu avec l’autorité de son nom et la puissance de sa logique dans la grande discussion du pélagianisme, qui s'était particulièrement établi en occident. En quittant la vie après des travaux si multipliés, Jérôme exhorte saint Augustin à défendre la foi de l’Église. Et assurément cette recommandation ne pouvait s'adresser à un homme plus capable d'y répondre.

Saint Jérôme mourut, presque nonagénaire, le 30 septembre 420, et fut enseveli à Bethléem, près de la Crèche du Seigneur.