« Pour celui qui se hâte vers la perfection de la vie religieuse, il y a les enseignements des saints Pères dont l'observation conduit l'homme jusqu'aux cimes de la perfection. »

Traduction :

10 juillet 2015

SAINT BENOÎT

Père spirituel
des moines d’Occident
(480/90 - 550/60)

S. Benoît débuta dans la vie monastique à la manière de saint Antoine. Il n’entendait pas fonder un monastère, encore moins un ordre religieux. Comme le raconte Saint Grégoire le Grand, il se retira dans la solitude de Subiaco simplement pour vaquer à Dieu, dans une grotte presque inaccessible, connue de Dieu et du seul moine qui devait se charger de sa subsistance :

Benoît gagna la retraite d'un lieu désert nommé Subiaco, distant de Rome d'environ quarante milles. […] Tandis qu'il s’y rendait en sa fuite, un certain moine, du nom de Romain, le rencontra dans sa marche et lui demanda où il allait. Ayant appris son désir [de vie religieuse], non seulement il lui garda le secret, mais il lui apporta de l'aide ; il lui donna l'habit de la vie monastique et, dans la mesure du possible, se mit à son service. Parvenu donc à ce lieu, l'homme de Dieu se retira dans une grotte très étroite, et, durant trois ans, demeura inconnu des hommes, le moine Romain excepté. [1]

Ce n'est qu’après un certain temps que des disciples s'attachèrent à lui :

Beaucoup se mirent désormais à quitter le monde et à venir avec empressement se mettre sous son magistère. Libre en effet de la tare de la tentation, il devint désormais à bon droit un maître de vertus. Quand le saint homme eut longtemps progressé en vertus et en miracles en cette solitude, beaucoup y furent rassemblés par lui pour le service du Dieu tout-puissant, au point que, en ce lieu-même, avec le secours du Seigneur tout-puissant Jésus-Christ, il construisit douze ermitages, en lesquels, après y avoir établi des abbés, il députa douze moines. Il ne retint auprès de lui qu'un petit nombre de frères dont il estima qu'ils seraient mieux formés s'ils restaient quelque temps encore en sa présence. C'est alors aussi que commencèrent à accourir auprès de lui des nobles et des personnes pieuses de Rome, pour lui confier leurs fils afin qu'il les éduquât pour le [service du] Dieu tout-puissant. [2]


Saint Benoît n'était donc pas un chef d'ordre religieux, mais avant tout un père spirituel : il conduisait des âmes vers Dieu et les engendrait à la sainteté, selon le charisme qu’il recevait du Père céleste par le Christ :

« Écoute, mon fils, les instructions du maître et prête l'oreille de ton cœur ; accepte les conseils d'un vrai père et suis-les effectivement. » [3]

06 juillet 2015

"Ceux qui nous ont précédé dans le bien..."




L'auteur des lignes qui vont suivre - récentes et inédites - se situe dans le contexte de l’Orthodoxie Russe qui n'est pas le nôtre. Son témoignage n’en n’est pas moins limpide, et de nature à faire réfléchir. Un avertissement aussi pour le monachisme latin contemporain.
Sauf indication contraire (+SP), toutes les notes de bas de page sont de l’auteur.




Le monachisme russe contemporain
entre interruption et continuité




Après soixante-dix ans de régime soviétique athée, l’Église Orthodoxe russe, et avec elle son millénaire monachisme, connaissent de nos jours une prodigieuse renaissance. Il s’agit d’un phénomène pour lequel on chercherait sans doute en vain des parallèles dans l’histoire du Christianisme. Comment une telle renaissance a-t-elle pu se produire ? Quel en est le « secret » ?

Dans mes conversations avec des moines [russes], j’entends souvent la plainte : « Notre propre tradition a été interrompue ! Il ne nous reste que de nous tourner vers nos frères athonites [1] pour réapprendre ce que c’est qu’être moine, parce que leur tradition monastique à eux n’a jamais été interrompue ».

Il y a évidemment du vrai dans ces plaintes et le recours à la tradition athonite est sans doute légitime. Il n’est d’ailleurs pas une nouveauté dans l’histoire russe ! Après les réformes de Pierre le Grand, il était devenu quasiment impossible en Russie de vivre en moine. Les plus zélés, comme par exemple Païsij Velichkovskij, se sont alors retirés dans les principautés roumaines où ils étaient les bienvenus.

À l’Athos, ils avaient connu le renouveau hésychaste grec et c’est cet esprit qu’ils ont su insuffler aux communautés qu’ils avaient fondées à l’étranger. Lorsque leurs disciples purent enfin retourner dans leur patrie, cet esprit d’un monachisme rajeuni par un recours à la meilleure tradition des saints Pères put aussi se répandre en Russie, où il a produit les fruits merveilleux que l’on connaît bien. Ne citons que, pars pro toto, le monastère d’Optina Poustyne.

Cependant, que veut-on dire exactement quand on parle de nos jours d’« interruption de la tradition monastique » ?
Il me semble que l’on pense le plus souvent à l’interruption des institutions monastiques, à la suppression puis la destruction des monastères. Or, il est important de prendre acte du fait que le monachisme comme institution est, historiquement, un phénomène secondaire par rapport au monachisme comme mouvement spirituel !


Saint-Pantéleimon, le monastère russe du Mont Athos.
Avant la révolution soviétique au début du 20e siècle, il était peuplé, à lui seul, de plus de 1'400 moines.