« Pour celui qui se hâte vers la perfection de la vie religieuse, il y a les enseignements des saints Pères dont l'observation conduit l'homme jusqu'aux cimes de la perfection. »

Traduction :

Temps du Carême

Le Mont de la Quarantaine


Le temps de la Septuagésime nous ayant rappelé notre condition de pécheurs, le Carême se présente naturellement comme un temps de pénitence. Or, la pénitence, bien qu’elle implique des austérités et des privations physiques (en particulier le jeûne, que la Liturgie mentionne souvent), consiste essentiellement dans la contrition du cœur, l’expiation des péchés par un grand acte d’amour et le changement de vie : la conversion.

Le chrétien doit se purifier en posant des actes contraires aux concessions qu’il a faites à l’esprit du monde et à son égoïsme. Sans doute est-ce la grâce de Dieu qui nous purifie, mais elle le fait par le moyen de nos pénitences qui sont comme des ‘sacrements’ de son action purificatrice.

La charité envers le prochain suivant le premier commandement de l’amour de Dieu, le Carême implique aussi l’aumône, qui est une expression concrète de cette charité. Ce que les austérités ont pu faire diminuer des dépenses de la vie est utilisé au secours des misères du prochain. Et si nous sommes nous-mêmes parmi les pauvres, faisons au moins l’aumône d’une bonne parole :
« Une bonne parole vaut mieux qu'un don excellent. » [1]



Le Carême est aussi un temps de prière, de recueillement, de silence, ce qui implique le retrait des affaires de ce monde. Le chrétien vit dans le monde mais il n’est pas du monde.
« N'aimez point le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu'un aime le monde, l'amour du Père n'est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et l'orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais du monde. » (1 Jn 2, 15-16)

Aux temps de Chrétienté, dès les premiers empereurs romains chrétiens, le Carême s’appliquait non seulement aux familles et aux individus, mais encore à toute la vie politique et sociale. Il s’étendait aux institutions publiques et était un exercice commun à toute la société, qui excluait les fêtes, les spectacles, la chasse et la guerre. Il y avait la ‘trêve de Dieu’, non seulement pour les armes, mais encore pour les tribunaux et les activités commerciales ; les foires (qui jouaient alors le rôle de la bourse et des centres d’affaires) étaient interdites ; l’économie tournait au ralenti. Si la société dans laquelle nous vivons nous empêche de donner au Carême toute la dimension qu’il devrait avoir, nous pouvons néanmoins nous séparer des activités mondaines, sans respect humain, et veiller au silence (par exemple, en nous retirant quelque peu de l’actualité, politique et ecclésiastique). Les fêtes profanes et célébrations diverses sont incompatibles avec le Carême.

Enfin le Carême est un temps de lecture et d’instruction. Chacun peut y pourvoir par lui-même. La Règle de saint Benoît prescrit que chaque moine reçoive un livre à lire en entier. En chaque église sont données des conférences spéciales. Ces lectures et ces instructions peuvent porter aussi bien sur la conversion et la vie spirituelle que sur des points importants de la doctrine chrétienne. Aimons en particulier à relire et à méditer les grands faits de l’Histoire sainte, les grandes figures de l’Ancien Testament que l’Église, dans sa liturgie du Carême, met chaque jour sous nos yeux.



[1] Si 18, 17 ; cf. Règle de saint Benoît, chapitre 31.